Logiciel Libre, Collectivités et Mutualisation

Aujourd’hui beaucoup de collectivités territoriales souhaite mutualiser les moyens et compétences informatiques afin de réduire les coûts et de centraliser la gestion de son système d’information.

Bien que, ce besoin de mutualisation soit légitime, celui-ci n’est pas sans risque. En effet, en privilégiant un seul outil la collectivité s’expose à une dépendance vis-à-vis d’un fournisseur unique, propriétaire d’une technologie fermée, prestataire exclusif sur ses produits et libre d’augmenter ses tarifs quand il le souhaite.

Ce verrouillage client par le fournisseur est malheureusement une pratique courante dans l’économie du logiciel traditionnel et est appelé vendor-lockin - en anglais, verrou fournisseur.

En imposant leurs technologies fermées, non interopérable et propriétaire, ces fournisseurs verrouillent le marché, créent une situation de dépendance et assoient leurs monopoles, souvent en sur-vendant leurs produits et services. Les clients devenus captifs ne peuvent briser cette dépendance excessive qu’au prix d’efforts et de dépenses importantes.

Afin de se protéger , les collectivités doivent privilégier les logiciels libres pour la mutualisation informatique .

1 – Qu’est ce qu’un logiciel libre ?

Les logiciels libres sont définit par un contrat de licence qui confère aux collectivités le droit de les utiliser, modifier, copier et de les redistribuer librement.

Une fois acquis, la collectivité peut utiliser le logiciel comme bon lui semble, l’installer sur autant d’ordinateurs qu’elle le souhaite sans payer de licence et maîtriser son budget quel que soit le nombre d’utilisateurs et la croissance de l’organisation.

Par ailleurs, les logiciels libres sont livrés avec leur code source c’est à dire «la recette de cuisine» avec laquelle a été élaboré le logiciel.

Cette disponibilité du code source, met fin au monopole d’un fournisseur unique sur un logicel donné y compris la correction de ses bugs et l’intégration d’innovations technologiques. Le logiciel libre génère un cadre pour la libre concurrence où le succès est garanti par la capacité d’offrir du bon support technique et de la qualité de service.

Ainsi les collectivités peuvent par exemple faire jouer la concurrence en lançant des appels d’offres sur la maintenance, le support ou la formation d’un logiciel.

Ce qui est impossible avec un logiciel restrictif ou le fournisseur à le monopole sur tous les services lié au logiciel.

1.1 – Différences entre les modèles économiques du Logiciel Libre et ceux de l’industrie traditionnelle

Contrairement aux logiciels traditionnels dit restrictifs, le modèle économique des logiciels libres n’est pas basé sur la rente, le paiement de royalties ( vente de licences ), mais sur l’innovation et la prestation de services.

les logiciels libres génèrent de nouveaux mode de production du logiciel basé sur la collaboration et le partage du savoir.

Ils favorisent le développement d’une économie dynamique dite de « coopétition » où les opérateurs mutualisent certains coûts de recherche et de développement et se concurrencent sur les services.

Les entreprises informatiques se rémunèrent alors sur le support, la formation, l’intégration, le conseil et les développements spécifiques.

Beaucoup d’avantages de l’open source proviennent de la transformation d’une situation de monopole en un marché de libre concurrence.

Les logiciels libres apportent à ceux qui les adoptent la maîtrise des coûts informatiques, la pérennité des données, une indépendance technologique et l’interopérabilité des systèmes d’information.

2-Au delà de l’économie, la maîtrise

les bénéfices économiques sont parmi les premières raisons dans le choix des logiciels libres, la maîtrise des coûts informatiques et du système d’information est un argument de poids.

L’économie des frais de licence confère aux logiciels libres un coût de possession sensiblement moins élevé que leurs équivalents propriétaires.

Le poids des frais de licence dans la mise en place d’un projet informatique est un véritable handicape. Elle limite l’accès au logiciels à un nombre restreint d’utilisateurs et les changements de version des logiciels sont soumis à l’achat de nouvelles licences.

Avec les logiciels libres, les coûts de licence sont inexistants, les changements de version ne sont plus obligatoires .Vous pouvez équiper autant d’utilisateurs que vous le souhaitez et bénéficier des dernières version d’un logiciel sans surcoût.

Il n’y a plus de frais et de contraintes engendrés par la gestion des licences : inventaires, négociation commerciale, gestion, désorganisation des services en cas de contrôles, risques des pénalités…. Ces frais sont estimés en général à 10% du prix des licences elles-même.

Enfin avec les logiciels libres, les coûts de maintenance sont rationalisés.

Cette rationalisation des coûts est due à la transformation d’une situation de monopole sur les services lié aux logiciels, en un marché libre soumis à la concurrence.

Les prestataires savent par exemple, que le support peut être confié à un autre industriel au renouvellement du marché et propose leurs services à des prix raisonnés.

 

L’exemple suivant, nous montre comment la ville de Fort-de-France a réalisé des économies grâce aux logiciel libre:

2.1 – Étude de Cas : la ville de Fort-de-France

la mairie de Fort-de-France à fait appel à C.O.S.T. pour dématérialiser le circuit de validation des actes des ressources humaine.

La solution retenue, est d’implémenter le circuit de validation (workflow) avec Alfresco, un logiciel libre de Gestion Électronique Documentaire ( GED )et de le déployer sur un serveur Linux ubuntu avec le système de base de donnée Mysql. Cette solution basée sur des logiciels libre ne génère aucun frais de licence. Seul les coûts de mise en œuvre du projet sont facturés.

Une alternative aurait été de choisir Microsoft Office SharePoint Server comme logiciel de GED et de le déployer sur un serveur Windows Server 2008 avec SQL Server Enterprise.

Les documents ci-dessous, nous permettent de comparer le coût des deux solutions.

Détails des coût du projet

Solution basé sur des logiciels libres Solution Microsoft
Prestation (1) 9 500,00 € 9 500,00 €
Frais de licences (2) 0,00 € 13 425,71 €
Coût total du projet 9 500,00 € 22 925,71 €

(1) La prestation comprend :

  • la conception et le développement du workflow
  • Intégration de la solution au système d’information de la mairie
  • Formation de 10 utilisateurs

(2) Les frais de licence sont calculé pour 10 utilisateurs

Détails des Frais de licences Microsoft

LICENCE PRIX Qtt Prix Total
Windows Svr Ent 2008 OLP NL GOVT – Référence P72-03236 2 173,56 € 1 2173,56
(*) Windows Server CAL 2008 OLP NL GOVT User CAL – Référence R18-02784 26,89 € 10 268,90 €

Total Serveur 2442,46
Office SharePoint Server 2007 OLP NL GOVT – Référence 76P-00179 4 129,58 € 1 4 129,58 €
(*) Office SharePoint CAL 2007 OLP NL GOVT User CAL – Référence 76M-00281 86,85 € 10 868,50 €
(*) SharePoint Enterprise CAL 2007 OLP NL GOVT User CAL (1) 69,54 € 10 695,40 €

Total GED 5693,48
SQL Svr Standard Edtn 2008 OLP NL GOVT 1 Proc– Référence 228-08635 5 289,77 € 1 5 289,77 €
Total Base de donnée 5 289,77 €
COÛT TOTAL DES LICENCES 13 425,71 €

(*) Les licences d’accès client (CAL)

Une Licence CAL est un droit d’accès et d’utilisation à un serveur particulier.

C’est une licence supplémentaire à celle du serveur que l’on doit payer pour chaque poste ou utilisateur qui se connecte au serveur.

(1) les licenses sharepoint sont cumulatives ! Pour avoir accès à la version sharepoint entreprise, il faut payer les licences office sharepoint CAL et sharepoint entreprise CAL.

Les logiciels libres permettent à la mairie d’économiser 13425,71 € de frais de licences. Ces frais représente 58.5% du coût du projet !

Ainsi, la mairie a seulement payé les prestations de service classique tel que le développement, la formation et l’intégration du logiciel à son système d’information.

le coût d’un projet n’est plus fonction du nombre d’utilisateurs mais du coût de sa mise en œuvre.

3 – Standards ouverts et interopérabilité : Enjeux majeurs pour la collectivité

Les standards ouverts et l’interopérabilité sont un enjeu technologique majeur. Ils offrent à ceux qui les mettent en œuvre l’indépendance vis-à-vis des fournisseurs de solutions logicielles.

De plus ils sont une garantie d’accessibilité et de pérennité des données :

- accessibilité par tous les publics, notamment grâce aux logiciels libres;

- pérennité des données, dont le format ne dépend alors pas d’une version précise d’un logiciel donné.

3.1 -Interopérabilité

Un logiciel est dit interopérable lorsqu’il a la capacité de fonctionner avec n’importe quel logiciel existant ou futur.

Il convient de distinguer interopérabilité et ‘compatibilité. Pour être simple, on peut dire qu’il y a compatibilité quand deux produits ou systèmes peuvent fonctionner ensemble et interopérabilité quand on sait pourquoi et comment ils peuvent fonctionner ensemble. Autrement dit, on ne peut parler d’interopérabilité d’un produit ou d’un système que si on en connaît intégralement toutes les interfaces.

Les standards ouverts sont un moyen de garantir l’interopérabilité.


3.2 – Standard ouvert

L’article 4 de la loi n° 2004­575 du 21 juin 2004 pour Standard ouvert

«la confiance dans l’économie numérique » définit ainsi le terme de «standard ouvert»:

«On entend par standard ouvert tout protocole de communication, d’interconnexion ou d’échange et tout format de données interopérable et dont les spécifications techniques sont publiques et sans restriction d’accès ni de mise en œuvre. »

Le fait que les spécifications de ces formats soient connues, et l’absence de restriction quand à leur mise en œuvre, permettent de développer des logiciels indépendants capables de comprendre et de produire des documents dans ces formats.

Les logiciels libres sont par nature interopérables grâce à leur code source ouvert; ils implémentent presque toujours les standards ouverts.

3.3 – Indépendance technologique

Les formats propriétaires restreignent fortement les choix technologiques en orientant les utilisateurs vers des solutions fermées et donc peu évolutives; ils limitent également le choix des prestataires – tant pour le déploiement que pour la maintenance – à l’éditeur officiel de la solution, ou à des prestataires sous-traitants choisis par lui.

Les standards ouverts et l’interopérabilité, quant à eux, permettent de concevoir sa solution pas à pas et de remplacer un élément lorsqu’il ne répond plus aux besoins de manière satisfaisante, mais également de maîtriser les cycles dévolution et de mise à jour. Quand au choix des prestataires, il est infiniment plus large puisqu’il est alors possible de recourir à toute technologie compatible ou interopérable.

3.4 – Pérennité des données

Lorsque les données sont stockées dans des formats fermés, elles ne sont accessibles qu’à l’aide des logiciels propriétaires spécialement conçus pour les lire ; et lorsque l’éditeur du format et du logiciel disparaît, ou qu’il ne maintient plus le logiciel, les données deviennent illisibles. On ne compte plus les exemples d’éditeurs ayant abandonné une solution, soit qu’ils aient décidé de recentrer leur activité, soit qu’ils se soient fait racheter, ou bien encore qu’ils aient tout simplement mis la clé sous la porte.

A contrario, le stockage des données dans un standard ouvert offre la garantie que l’on sera toujours en mesure de les lire, soit en utilisant un logiciel interopérant existant, soit en développant un logiciel répondant à des besoins spécifiques.

Les collectivités locales, notamment les mairies, stockant des données des données dont l’archivage et la conservation durable sont essentiels (par exemple les registres d’état civil), l’utilisation de standards ouverts présente pour elles et le citoyen un intérêt considérable.

3.5 – RGI : un cadre commun pour l’interopérabilité

L’interopérabilité est un enjeux majeur pour la collectivité .

L’offre croissante des e-services publics induit la multiplication et la complexité de systèmes informatiques au sein des administrations. L’interopérabilité permet de simplifier et de normaliser la communication et la circulation de données entre les organismes publics.

Elle consiste à employer des technologies compatibles entre partenaires, tout en préservant les libertés fondamentales des citoyens. Seul, l’adoption d’un format ouvert garantit l’accès aux données de manière pérenne par une multitude de solutions logicielles. L’utilisation des logiciels libres permet de favoriser l’adoption des formats ouverts et de contribuer à l’interopérabilité.

C’est en raison de ces enjeux que l’Union européenne et l’État français ont décidé de fournir un cadre commun d’interopérabilité pour les échanges entre les administrations et collectivités et les citoyens. C’est le sens du Référentiel Général d‘Interopérabilité (RGI), élaboré dans le cadre du programme gouvernemental ADELE (Administration électronique) mené par la DGME (Direction générale de la modernisation de l’État).

Site web du RGI : http://references.modernisation.gouv.fr/rgi-interoperabilite

3.6 – Accessibilité

Utiliser des standards ouverts pour les données et documents que l’on diffuse dans le cadre de l’e-administration permet de s’assurer que les citoyens ne devront pas acheter un logiciel propriétaire souvent coûteux pour se renseigner ou accomplir leurs actes administratifs en ligne. Cela garantit également que, quels que soient l’ordinateur et le système d’exploitation utilisés, il y aura une solution pour lire ces données et en produire dans le même format, et ainsi communiquer avec la collectivité.

3.7 – Aspect macro-économiques

L’argent investi dans les logiciels libre génère de l’activité locale et aide au développement d’une économie créatrice d’emplois locaux.

Les licences payées aux multinationales génèrent peu de richesses en Martinique.

4 -Qui utilise les logiciels libres ?

Bien que les raisons économiques soit souvent évoquée, le besoin d’indépendance technologique, la réduction de la fracture numérique ou la maîtrise des systèmes d’information sont d’autres arguments mis en avant pour justifier le choix du logiciel libre.

Voici quelques examples de projets réalisés avec des logiciels libres.

Éducation : un ordinateur portable pour tous les lycéens Réunionnais

Le Plan Ordianteur Portable ( POP) est une très belle initiative de la région Réunion qui permet à des lycéens d’acquérir un ordinateur portable équipés exclusivement de logiciels libres.

Les objectifs de cette action :

  • Favoriser l’appropriation des nouvelles technologies de l’information et de la communication par les élèves dès la seconde dans le cadre de leur scolarité.
  • Réduire la fracture numérique entre les lycéens, certaines familles n’ayant pas les ressources financières nécessaires pour une telle acquisition.
  • Offrir la possibilité aux élèves de développer leurs connaissances en effectuant leurs recherches et travaux à l’aide de l’outil informatique, tout en sensibilisant à l’univers des logiciels libres. En ce sens, l’action revêt une dimension pédagogique.

La gendarmerie Nationale migre tout son système d’information vers le libre

La gendarmerie a économisé 50 millions d’euros en migrant tout son système d’information vers les logiciels libres, soit une réduction du budget de 70%, sans perte d’efficacité. Au-delà de l’économie engendrée, c’est l’indépendance vis-à-vis de l’éditeur qui est mise en avant par la gendarmerie .

Le ministère de la Défense recommande Thunderbird et Postfix à ses fonctionnaires

Le ministère de la Défense va migrer l’intégralité des 200 000 postes vers la messagerie libre Thunderbird et le serveur de messagerie libre Postfix, au détriment d’Outlook et Exchange Microsoft.

Le Vietnam choisit le logiciel libre

Le ministre vietnamien de l’Information et des Communications, Le Doan Hop, a annoncé un plan national prévoyant le passage vers des logiciels libres et Linux au sein des administrations nationales et locales.


la ville de Munich

la ville de Munich a réalisé une économie de 4 millions d’euros en 2011 pour Munich en migrant 14.000 postes Windows vers Linux et en remplaçant la suite bureautique Microsoft Office par OpenOffice.

Ces articles pourraient aussi vous intéresser: